


L’opération de grande ampleur consistant à entourer de films plastiques le tronc de 70 platanes centenaires le long du canal du Midi, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est désormais à l’origine d’une polémique opposant le plasticien (sic) qui a réalisé cette installation à des associations de défense de l’environnement.
Or, le 5 août, une partie de ces bâches ont été lacérées et déchirées par des inconnus.
Pour la mairie de Toulouse, cette installation – qui s’inscrit dans l’exposition Chemin(s) d’eau organisée pour marquer le 4e centenaire du canal du Midi – visait précisément à « attirer l’attention sur la beauté et la fragilité de notre environnement et la nécessité de le préserver ». Pour le plasticien, qui envisage aujourd’hui de porter plainte et qui dénonce ceux qui « dès qu’ils voient du plastique crient à Satan » (sic), « la protection de l’environnement est fondamentale ».
Mais selon Alain Ciekanski, conseiller régional, vice-président de l’Agence régionale de l’environnement et ancien président des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, ces arbres sont désormais en danger : « l’emprise de l’étuve créée par les films de plastique » a provoqué le développement de « chancres pathogènes » qui « risquent maintenant d’infecter les milieux intérieurs des platanes, voire (...) de s’attaquer à leur résistance mécanique. »
Une chose est certaine, tout démontre qu’aujourd’hui on ne peut plus faire comme avant : intervenir sur la nature, même de façon naïve, n’est jamais anodin et peut avoir des conséquences insoupçonnées. À chacun d’en tirer les conclusions, y compris aux artistes.
En outre, si le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont deux composantes indissociables du paysage, il n’en reste pas moins urgent de faire le lien entre ce genre de démarche et l’artificialisation galopante de l’espace à laquelle on assiste aujourd’hui, artificialisation qui constitue désormais un péril majeur pour la nature et les paysages.
Car la question est la suivante : de telles opérations – fortement médiatiques au demeurant – ont-elles en définitive pour effet de sensibiliser à la fragilité de notre environnement ou bien, au contraire, de développer le sentiment que la nature n’a d’autre véritable destin que d’être le support d’une activité humaine de plus en plus envahissante et même totalitaire puisque plus aucun espace ou presque ne semble à l’abri de l’étalement urbain, du développement des grandes infrastructures et des aménagements de toutes sortes ? Alors que la nature partout recule, alors qu’en France 66 000 hectares de terres agricoles et naturelles, soit un département de taille moyenne, sont artificialisés tous les dix ans, ne doit-on pas au moins s’interroger sur les limites d’une pratique – le Land Art – vieille désormais d’un demi-siècle ?