


Pour la deuxième fois, après une première expérience en 2007 à l’occasion de l’inauguration d’un magasin de meubles à bas coût, les "bulles" (cabines) du téléphérique de Grenoble ont été mises à contribution pour servir de supports publicitaires. Une deuxième fois qui est assurément de trop.
Un site emblématique unique
Il faut savoir en effet que ce téléphérique passe juste au-dessus du site le plus emblématique de Grenoble, depuis l’Isère et le quartier historique Saint-Laurent, jusqu’au site panoramique de la Bastille d’où l’on jouit de vues « féériques » (ODT Grenoble) sur la capitale des Alpes françaises et son écrin de montagnes. Un site entièrement classé, depuis 2005, en zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), qui abrite entre autres les monumentales fortifications de Grenoble, classées à l’inventaire, le musée Dauphinois, installé dans l’ancien couvent Saint-Marie-d’en-Haut, l’église Saint-Laurent, l’une des plus anciennes églises romanes de France.
L’interdiction de la publicité dans les ZPPAUP
C’est d’ailleurs parce qu’il s’agit de secteurs à protéger et à réhabiliter que l’article L. 581-8 du code de l’environnement pose très logiquement le principe de l’interdiction de la publicité* dans les ZPPAUP, les parc naturels régionaux (PNR), ou les secteurs sauvegardés. *(Le code de l’environnement classe la publicité au nombre des "nuisances")
Protéger mais en polluant ?
Or, une fois la ZPPAUP créée, l’une des premières mesures prises par la mairie a été, ainsi que le code de l’environnement en ouvre la possibilité, de modifier son règlement de publicité en vue de déroger au principe général d’interdiction de la publicité. Ainsi, alors que, selon les termes mêmes de la mairie, l’objectif était bien de « protéger et valoriser le centre historique de Grenoble » et de « valoriser les parcs, les espaces naturels et les ouvertures paysagères », la première mesure prise a été de la polluer en allant jusqu’à autoriser l’installation de panneaux publicitaires de grand format sur le domaine public au moment même où la mairie de Paris se préparait à les bannir sur l’ensemble de son territoire !
Violation délibérée de la loi et du Code de l’environnement ?
Le hic, c’est que l’apposition de publicités sur les "bulles" du téléphérique est illégale. En effet :
On ose donc espérer que ceux des élus de Grenoble qui ont délibéré pour donner leur feu "vert" à cette opération illégale n’étaient pas vraiment au courant de la situation.
La colère des élus verts
Face à cette situation, les élus Verts de Grenoble ont aussitôt pointé du doigt le caractère « affligeant », aussi bien de la campagne elle-même que des conditions qui l’ont rendue possible. voir|
Lettres de Paysages de France à François PEROL, président du Directoire du groupe Banque populaire Caisse d’Epargne (BPCE) et à François MARCHETTI, directeur de la BP des Alpes
De son côté, Paysages de France a écrit au responsable du groupe ainsi qu’au directeur de la banque régionale. Après une première réponse, risquée, du directeur local, l’annonceur a fait part, au cours de deux longues conversations téléphoniques, de sa bonne foi (il avait l’accord de la mairie) et de sa volonté de mettre en adéquation ses pratiques avec « ses engagements éthiques et citoyens ». Il s’est notamment engagé à retirer ses publicités le 14 novembre, avant la fin initialement prévue de la campagne et, surtout, à ne pas renouveler l’opération.
Vigilance
Bien évidemment, l’association restera extrêmement vigilante et vérifiera que, le 14 novembre au soir, plus aucune publicité ne sera apposée sur les cabines du téléphérique de Grenoble.
L’annonceur arrosé
Il faut savoir en effet que, indépendamment de son caractère illégal, une telle opération dans un tel site ne pourrait que ternir gravement l’image de celui qui s’y risquerait encore et, en définitive, ne pourrait que se retourner contre lui. Ce n’est pas pour rien que McDonald’s France s’est engagée, le 6 mai 2011, jour de l’assemblée générale de Paysages de France, à supprimer ou mettre en conformité, d’ici le 31 décembre 2013, 538 enseignes scellées au sol de très grand format ainsi que l’ensemble de ses autres enseignes non conformes. Rappelons que Paysages de France a notamment fait disparaître du paysage grenoblois, voici des années déjà, la totalité des grande enseignes McDonald’s ainsi que celles de son principal concurrent.
Nouvel et dernier appel au maire de Grenoble
Cette malheureuse affaire a lieu alors que, par ailleurs, Michel DESTOT, bien que saisi à plusieurs reprises, ne s’est toujours pas décidé à faire respecter les dispositions de l’article R. 581-26 du code de l’environnement (lequel concerne pourtant les panneaux publicitaires installés sur les trottoirs de la ville). Il est donc grand temps que, sur ce point aussi, une réponse soit très rapidement apportée par le maire de Grenoble.