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23 juillet : étape décisive pour le règlement local de publicité de Montpellier Méditerranée Métropole

22.07.2019

Communiqué de Paysages de France
 - Association agréée dans le cadre national au titre du Code de l'environnement,
indépendante des pouvoirs économique et politique -
Contact : 06 76 84 53 73

 

Mardi 23 juillet, la métropole de Montpellier doit se prononcer sur le projet de RLPi (Règlement Local de Publicité intercommunal). Alors que son président, Philippe Saurel, vient de déclarer sa ville « en état d’urgence climatique », Paysages de France, qui a participé aux réunions de concertation publiques et suit avec la plus grande attention ce dossier, ne peut que confirmer l’appel qu’elle lui a lancé le 4 juillet.

L’élaboration de ce projet est pour la métropole une occasion unique d’être pionnière en matière de règlementation de l’affichage publicitaire et de se démarquer ainsi de la « France moche ». Elle honorerait de la sorte le philosophe Edgar Morin, citoyen d’honneur de la ville de Montpellier et membre d’honneur de l’association.

Le 18 juillet, le conseil municipal de Montpellier a déclaré à l’unanimité la ville « en état d’urgence climatique ». La ville s’engage à créer une « assemblée pour le climat » afin de « conseiller et d’orienter la décision politique vers les mesures les plus efficaces et les plus justes en matière de transition écologique ».

Il faut que cet engagement se traduise dans les faits et soit donc appliqué au RLPi, ce qui implique la suppression des publicités énergivores, notamment les panneaux numériques.

Les mesures à prendre se résument pour l’essentiel aux quatre points mentionnés à la fin de l’appel (voir ci-dessous) lancé à Philippe Saurel le 4 juillet. En particulier, en dehors de l’Écusson, cœur de ville, il convient de classer la ville-centre et les voies urbaines dans la même zone que les villes périphériques et classer la totalité des zones commerciales en zones économiques d’intérêt local, cela afin notamment de favoriser le commerce local plutôt que celui des grandes chaînes.

 

Intervention de Paysages de France lors de la réunion publique du 4 juillet 2019


Mon intervention s’adresse à Monsieur Saurel, président de la métropole.

Nous sommes ici deux représentants bénévoles de l’association Paysages de France, créée en 1992 et agréée au titre du code de l’environnement, l’une des rares associations qui, pour la défense du paysage, se préoccupe de la réglementation de l’affichage publicitaire et de son application.

Savez-vous ce qui nous rapproche, ville de Montpellier et Paysages de France ? C’est la philosophie !

Pour notre association, les pensées et propos de Michel Serres ont toujours été une référence dans nos analyses. Il n’avait pas de mots assez forts pour parler de la publicité dont, a-t-il dit, il fallait «détruire ses panneaux et leurs auteurs au milieu». Décédé il y a 5 semaines, sa vision du monde demeure pour longtemps bien vivante. Je m’en inspirerai dans mes propos aujourd’hui.

Du côté de Montpellier, c’est un autre philosophe que vous avez tenu à honorer : il s’agit d’Edgar Morin à qui vous avez remis, Monsieur Saurel, le 6 février 2019, la médaille de citoyen d’honneur de la ville de Montpellier. Vous ignorez sans doute qu’il soutient fermement notre association et qu’il en est membre d’honneur.

Permettez-moi donc de poursuivre avec Michel Serres, pour qui «la grande transformation que nos sociétés doivent réaliser suppose de profonds changements dans les institutions, les pratiques, les technologies, les politiques, les modes de vie et de pensée dominants». Je cite là une tribune parue dans Libération en ligne ce mardi 2 juillet.

Je ne souhaite pas qu’on m’accuse de flatterie à votre égard mais il se trouve que vous avez montré récemment votre capacité à bouleverser les pratiques de l’institution que vous présidez et bouleverser votre politique après avoir reconnu vos propres erreurs. Je fais allusion ici aux négociations que vous menez personnellement depuis quelques mois avec les représentants des associations de cyclistes et piétons pour revoir en profondeur les espaces de déplacements en mode doux, avec le financement associé. Aujourd’hui, Monsieur Saurel, c’est sur le terrain de ce RLP qu’on attend, avec Michel Serres, une grande transformation. Notre métropole a la capacité de devenir la référence en matière de règlementation de la publicité. Il s’agit pour vous d’être porteur d’une vision hors des modes de pensée dominants.

  • Première prise de conscience : le citoyen a besoin d’information, pas de publicité. Le législateur l’a bien formulé : dans le Code de l’environnement, le chapitre qui traite de la publicité est classé dans le titre VIII intitulé Protection du cadre de vie, faisant partie du livre V ayant pour titre : Prévention des pollutions, des risques et des nuisances. Nous sommes là pour traiter de nuisances.
  • Deuxième prise de conscience : la publicité nuit gravement à l’économie locale. Les pays d’Europe les plus prospères sont ceux où l’affichage publicitaire est très peu présent : pays nordiques, Pays-Bas, Suisse. La publicité est le plus souvent signe de misère et d’échec économique et social. C’est une machine à éradiquer les commerces de proximité.
  • Troisième prise de conscience : polluer des lieux de faible intérêt paysager ou patrimonial comme les zones commerciales est une mauvaise gestion du territoire. Michel Serres s’était exprimé en parlant d’« abomination » et de « coups de poing atroces ». Ces lieux doivent bénéficier de mesures fortes de dépollution et de réhabilitation.
  • Quatrième prise de conscience : ne pas céder aux lobbies. Les municipalités ont des contrats en cours pour le mobilier urbain. Le RLPi ne doit pas entériner et prolonger ces contrats, il peut prévoir sans difficulté une réglementation plus stricte à appliquer lorsqu’ils arrivent à échéance.
  • Cinquième prise de conscience : les nouvelles technologies induisent une évolution rapide des comportements. Le consommateur a en main un outil qui le guide vers l’objet ou le service choisi en fonction de ses propres critères. Il ne lit plus le message simpliste du panneau grand format croisé sur sa route.
  • Sixième prise de conscience : les panneaux lumineux numériques sont agressifs, dangereux pour la conduite automobile. Ils participent avec l’éclairage urbain à la perturbation de la vie nocturne et à la disparition d’espèces animales. A l’heure des économies d’énergie, ils n’ont pas leur place dans notre environnement.

Où en est-on ?

Le cabinet Even à qui vous avez confié ce projet de RLPi et vos équipes techniques ont travaillé consciencieusement mais avec un cahier des charges très « light ». On est loin des profonds changements nécessaires à nos institutions et nos modes de vie, tels qu’appelés par Michel Serres.

Une mairie en France s’est distinguée récemment par les dispositions courageuses qu’elle a prises avec son contrat de mobilier urbain : il s’agit de la ville de Grenoble. Et si Montpellier relevait le défi ? Et si le président d’une métropole montrait pour la première fois qu’il voit au-delà, qu’il veut notre environnement plus beau, plus propre, plus respectueux et surtout plus compétitif grâce à son attractivité et ses réseaux de proximité.

Que faire ?

Vos services ont présenté le projet aux personnes publiques associées : le compte rendu apparait sur le site en ligne. On devra prendre en compte leurs remarques pertinentes. Vos services ont présenté le projet aux professionnels de la publicité et des enseignes. Ils ont par contre oublié de prévoir la réunion de concertation avec les associations comme le prévoit la procédure.

Réjouissons-nous de cet oubli. Il nous permet de nous exprimer aujourd’hui devant vous et surtout d’espérer que vous, président de la métropole, prendrez en main cette concertation afin de travailler sur les objectifs suivants :

  • Classer en ZP2a toutes les agglomérations de moins de 10 000 habitants non rattachées à l’unité urbaine de Montpellier ;
  • Ramener la ville-centre de Montpellier en ZP2b, c’est-à-dire, dans la même zone que les agglomérations de la première couronne ;
  • Classer les voies urbaines et périurbaines en ZP2b pour nettoyer les principales voies d’entrées à Montpellier et rendre la ville attractive ;
  • Ne plus différencier les zones économiques d’intérêt métropolitain des zones économiques d’intérêt local, c’est-à-dire ramener les ZP4c en ZP4b. C’est alors un tout autre paysage qui s’offrirait aux habitants, apaisant complètement les rapports avec les commerces de ces zones.

Je vous remercie tous pour votre attention et souhaite, vous l’aurez compris, que Michel Serres et Edgar Morin soient fiers d’avoir été entendus par une ville tournée vers l’avenir,

Jean Paul Rebouillat
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