Clôtures en plastique : la fabrique des non-lieux
Paysages de France

Clôtures en plastique : la fabrique des non-lieux

Publié le 16 mai 2026

Clôtures en plastique : la fabrique des non-lieux

Nous connaissons tous les clôtures en plastique. Cependant, la notion de « non-lieu » est sans doute moins familière à certains.

Ce concept, théorisé par l’anthropologue Marc Augé en 1992, désigne des espaces fonctionnels nés de la mondialisation : standardisés, déshumanisés et porteurs d'une rupture avec les lieux dits « anthropologiques », tels que le foyer.

Le phénomène des clôtures en plastique envahit l’Europe, et plus particulièrement la France, porté avant tout par une implacable logique de marché.

Tout le monde y contribue : riches et moins riches, élus et administrés.

D’un côté, les filières  tirent profit de la vente en masse de produits bon marché ; de l’autre, les acheteurs y trouvent une économie substantielle. Le tout se déroule sous l’œil de certains élus ne maîtrisant pas — ou ne souhaitant pas maîtriser — ce phénomène urbanistique par l’élaboration de PLU (Plans Locaux d’Urbanisme) orientés vers d'autres priorités.

Comment en est-on arrivé à ce point de cécité collective pour nos villages et nos banlieues ?

Il convient d'abord de rappeler la forte propension de nos concitoyens à se « boucler chez eux », s'appuyant solidement sur l’article 647 du Code civil qui les y autorise.

Là où tant d'autres pays européens privilégient des rues homogènes et végétalisées — par culture ou par esprit collectif du « vivre ensemble » —, l’individualisme français semble prévaloir chez nous, au mépris de la qualité de la vie collective... et le plastique en profite !

Les édiles de nos communes sont, pour un certain nombre, peu enclins à imposer des restrictions, même dans l'intérêt général, de peur d'en payer le prix lors des élections. Même lorsque la prise de conscience existe, le PLU  reste un outil formidable mais lourd et complexe à établir, entravé par de nombreuses procédures. Il faut également compter avec certains maires dépassés, insensibles ou inattentifs, dont la passivité entraîne l’effondrement de l'impérieuse exigence collective.

L’administré n’est pas en reste : il y a celui qui ignore les règles, celui qui les enfreint délibérément ou celui qui cherche un « arrangement ». Rien de très constructif pour la communauté.

Une large part des propriétaires demeure insensible à ce bien commun que constituent la Commune, la rue, la place ou le chemin. L’individualisme grandissant s'accompagne d’un repli sur soi, déconnecté de toute représentation du territoire ; on voit alors naître une posture hybride, faite de mimétisme et de mode : « je fais comme mes voisins ».

Enfin, la logique du marché achève le tableau : un matériau économique et résistant mais absolument pas écologique, peu cher, largement distribué grâce à une publicité omniprésente. Les arguments sont massues : le « zéro entretien » et la pose sans spécialiste.

En définitive la recette est simple, composée d'ingrédients qui prévalent, consciemment ou non, dans l'esprit du plus grand nombre.

Le résultat est là : le glissement inexorable de la ligne de référence esthétique de nos campagnes et de nos communes . 

La norme s’impose aux paysages et à l'architecture dans un silence coupable généralisé.

Bienvenue dans LES NON LIEUX.

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