Prix de la France moche 2026 : le palmarès
Paysages de France

Prix de la France moche 2026 : le palmarès

Publié le 25 octobre 2026

Paysages de France
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Jusqu'où laisserons-nous nos paysages se dégrader ?

Comme chaque année, l'association Paysages de France a invité ses adhérents à photographier un lieu de leur environnement qu'ils jugeaient particulièrement « moche ».

Le beau et le moche sont évidemment affaire de regard. Mais lorsque les publicités envahissent les entrées de ville, que les enseignes se multiplient sans limite ou que les panneaux s'installent en pleine nature, difficile de rester indifférent !

Précisons-le d'emblée : ce palmarès ne distingue pas les villes les plus moches de France. Il met en lumière quatre lieux qui illustrent à leur manière les dérives de notre environnement quotidien.

Voici le palmarès 2026 des Prix de la France moche :

Prix du catalogue à ciel ouvert  pour un amas de panneaux à l’entrée de Camaret-sur-Aygues (Vaucluse)

« Plus que 12 tours pour tout lire ! »

 

Prix du vide juridique  pour une ribambelle d’enseignes sur clôture

« Légalement irréprochable ; visuellement épouvantable»

 

Prix du pèlerinage commercial pour l’avenue Georges Duval à Lisieux (Calvados)

« Ça pique Lisieux »

 

Prix de la friche d’affiches pour des panneaux hors agglomération à Porto-Vecchio (Corse du sud)

« Île de beauté »

Pour ne pas s'habituer à la laideur

Les maires des communes concernées ainsi que le ministère de la Transition écologique ont été informés du palmarès il y a quelques jours. Une distinction dont ils se seraient sans doute volontiers passés !

Mais l'objectif de Paysages de France n'est pas de montrer du doigt les communes, encore moins leurs habitants. Ce sont les atteintes aux paysages que nous dénonçons, pas les territoires qui les subissent. Et ces exemples pourraient malheureusement être photographiés dans bien d'autres endroits de France.

Car derrière ces images se pose une question essentielle : faut-il vraiment accepter que la publicité et les enseignes occupent autant de place dans notre environnement ?

D'autant que des solutions existent.

À Camaret-sur-Aygues (Vaucluse), les panneaux publicitaires scellés au sol sont interdits, comme dans la plupart des agglomérations de moins de 10 000 habitants. 

À Porto-Vecchio (Corse-du-Sud), les publicités installées hors agglomération contreviennent à une interdiction qui s'applique sur l'ensemble du territoire national.
Faire respecter le Code de l’environnement constituerait déjà un levier d’action concret. Depuis le transfert de la police de la publicité aux collectivités en 2024, les autorités compétentes disposent des moyens juridiques nécessaires pour agir. La réglementation existe : encore faut-il qu’elle soit effectivement appliquée !

À Lisieux (Calvados), la situation est différente. La succession de panneaux et d'enseignes le long de l'avenue Georges Duval illustre les limites de la réglementation nationale. L'adoption d'un règlement local de publicité permettrait d'aller plus loin, en encadrant davantage les formats et la densité des publicités et des enseignes. Une possibilité pour redonner toute sa place au paysage, à condition de faire de sa préservation une véritable priorité.

Quant à la « ribambelle d'enseignes sur clôture », elle révèle une lacune particulièrement grave de la réglementation. Alors que le Code de l'environnement encadre les dimensions des enseignes au sol, sur façade ou sur toiture, il ne fixe aucune limite de surface pour celles installées sur les clôtures. Résultat : celles-ci peuvent se transformer en véritables murs publicitaires. Un angle mort réglementaire qu'il serait grand temps de corriger !


Ces quatre prix illustrent une réalité plus large : la banalisation progressive de paysages saturés de messages commerciaux, où la surenchère publicitaire finit par s'imposer comme une évidence, a contrario des quelques pays européens qui ont su s’en prémunir.

Zones commerciales toujours plus étendues, entrées de ville hérissées de panneaux, écrans numériques gagnant l'espace public, artificialisation des sols… À force de tout accepter, ne finit-on pas par considérer la défiguration de nos paysages comme une fatalité ?

Au-delà de la dégradation des paysages, la publicité entretient une incitation permanente à consommer toujours plus. 

Cette fuite en avant a un coût écologique : toujours plus de ressources prélevées, de biens fabriqués, transportés et jetés, et donc toujours plus d'émissions de gaz à effet de serre.

Avec ces Prix de la France moche 2026, Paysages de France entend précisément refuser cette accoutumance : à la laideur, à la saturation visuelle, mais aussi à la présence toujours plus envahissante de la publicité dans nos vies.

Nos paysages ne sont pas un espace publicitaire. Ils sont notre cadre de vie, notre patrimoine commun. Il est urgent de les préserver et, là où ils ont déjà été abîmés, de les restaurer.

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